jeudi 10 juin 2010
- J'en ai marre, je rencontre et ça finit toujours par planter.
Elle tournait une mèche de sa longie chevelure du bout des doigts, nerveuse au simple souvenir de ses dernières rencontres infortuites.
- Je pense que je vais faire un carême d'hommes.
- Un quoi ?
- Ouais, un carême d'hommes. Tsé, comme à Pâques, quand on se prive ?
Son idée me paraissait saugrenue aux premiers abords. Elle qui avait un historique de folles sorties, où elle prenait malain plaisir à faire tomber les spécimens masculins dans ses filets, il me semblait peu probable de la voir s'exclure du monde du flirt.
Et pourtant, elle tenu le coup. Madame s'affairant à ses babioles quotidiennes, s'inscrivant à toutes sortes de classes. Elle me semblait heureuse, reprenant le contrôle de sa propre vie, plutôt que la valider auprès des autres. Serait-ce une forme de pause régénératrice ? Le carême d'hommes deviendrait-il la prochaine solution aux successives histoires non concluantes ?
- Ouais, mais y'a le vendredi où tu pourrais bouffer du poisson !
mardi 8 juin 2010
Elle parlait de son neveu qui s'était mis dans la dèche financière, ayant écoulé ses économies dans la loterie.
- Ne va surtout pas dire ça à son oncle.
- Euh, pourquoi ? C'est quoi le lien ? C'est pas son père !
- J'sais bien, mais il va se stresser pour rien. Il a déjà assez de ses propres problèmes comme ça.
La censure. Dissimuler pour bien paraitre, pour créer une impression paisible. Un genre de joli bou-bouillon à l'arsenic.
Pourquoi ?
mercredi 2 juin 2010
Lorsque je songe aux événements que j'ai pu vivre dans le passé, il m'arrive de pouvoir recréer la scène dans ma tête en tant que spectateur, un peu comme si j'étais la tierce personne d'un décor en souvenirs mâchés. J'arrive à me voir, "even full frontal", sachant m'extirper de ma propre enveloppe corporelle. Effet pervers d'une imagination trop fertile ?
Une vieille expression stipule qu'il ne faut pas entretenir de regrets. Pourtant, j'en porte quelques uns. Le regret de ne pas avoir été à la hauteur, d'avoir mis de côté une personne alors qu'elle avait probablement le plus besoin de quelqu'un, de ne pas avoir su dire "Je t'aime grand-maman". Le regret d'être parfois simplement défectueusement humain.
La vision de mon passé en tant que voyeur serait-elle une façon de combattre ces regrets en les attribuant à autrui, cet autre moi ?
mardi 1 juin 2010
"Blip blip". Message texte.
- Arrrg ! Encore lui !
- Qui ça ?
- Devine.
- Hmm... Ok, je vois.
- Je l'ai vu vendredi, on s'est parlés samedi et hier. Me semble que là, ça me tente pas.
- Ouais, j'comprends. Mais ça bien l'air que tu l'as fait flasher fort.
- Je lui ai pourtant répété plein de fois que je voulais rien de sérieux.
- C'est le moment pour un p'tit "refresh" !
Comment déterminer la juste mesure d'intérêt à porter à quelqu'un dans les limites de son ouverture ?
samedi 29 mai 2010
"Il ne faut pas mettre pied dans leur territoire !"
La chanteuse hurlait à mes oreilles, me procurant par le fait même un vibrant mouvement de bassin. Party mix, métro ligne verte et iPod.
"Il ne faut pas mettre pied dans leur territoire !"
Il arrive que des gens aléatoires tentent de devenir amis avec moi sur ce populaire réseau social. Et il arrive que j'accepte même sans les connaitre.
- Qui c'est ce mec au fait ? Tu l'as aussi dans ta liste d'amis.
- C'est quelqu'un ! Comme ça tu magasines dans mes contacts ?
"Il ne faut pas mettre pied dans leur territoire !"
- Mais non, puisque je te dis que c'est lui qui m'a fait la demande d'ajout.
- Fais donc ce que tu veux ;-)
Y aurait-il vraiment un territoire ?
vendredi 28 mai 2010
- Au début, on échangeait tellement souvent. Puis tout à coup, j'ai eu l'impression de courir après. Je faisais 75% de la conversation. Si je lui donne plus d'attention, il s'intéresse à moi.
- Tu trouves pas ça un peu compliqué pour quelque chose qui débute ?
- Si tu l'avais vu, tu saurais que ça vaut la peine de se battre.
- Ouais mais attends, t'es rendu à parler de ta relation, si on peut ainsi dire, en termes de statistiques !
dimanche 23 mai 2010
La soirée avait été riche en confidences. Le groupe commençait à se dissoudre, les tous premiers rayons de soleil perçaient la pénombre.
- J'ai compris ce qui ne fonctionnait pas dans mes précédentes histoires amoureuses. J'étais trop indépendant.
- Tu penses donc que la réussite d'un couple dépend de la dépendance de l'un envers l'autre ?
Sa réponse allait vers l'affirmative. Je ne partageais pas son point de vue. Mais l'heure tardive et les multiples sujets qui s'entrecroisaient m'empêchait d'exprimer clairement mon avis. Je comprenais son besoin de créer une union. Quel intérêt aurais-je pour la vie de couple si les personnes le composant fonctionnaient indépendamment l'un de l'autre ? Mais à la fois, l'opposition dépendance/indépendance ne me convenait pas.
- Ben là, joue pas avec les mots !
Je ne pouvais faire autrement. Les mots sont pour moi la source de vérité. Et ceux-ci ne me plaisaient guère.
Coopération.
La seule image qui me vint en tête. Deux personnes avec des personnalités et des vies distinctes, qui marchent ensemble main dans la main, sans fusionner leurs pas. Peut-être que mes relations précédentes m'ont forgé autrement. Les opinions de chacun sont respectables, mais la mienne ne saurait déroger de son feu principal : le désir de conserver mon identité propre. Serait-ce là une indépendance qui m'empêcherait d'évoluer en couple ?
vendredi 21 mai 2010
Il me toisait du regard, inspectant chacune de mes réactions. Le temps semblait s'étirer, comme un bras qui s'étiole vers l'infini. Je savais que je n'aurais jamais dû me trouver là.
- Mais toi, tu te vois où dans quelques années, professionnellement parlant ?
J'avais une réponse déjà toute concoctée à l'avance. Il est facile de constater que chacune de ces rencontres devient une série de plats rechauffés. Les mots sortaient de ma bouche à l'image d'une série de mots parfaitement imbriqués. Des Legos verbaux. Oui c'est ça : à chaque rencontre, on pose un mur de Lego supplémentaire. Ou une rangée de couleurs diverses qu'on devra de toutes façons défaire par la suite. Ou couvrir en double-fond.
Et si je ne savais pas où je m'enligne exactement, combien de temps devrai-je continuer à faire poursuivre cette impression de personnel bonheur maquillé ?
lundi 17 mai 2010
- Me semble que c'est génial un fuckfriend. C'est comme le moyen idéal pour tempérer les hormones à un niveau que je nommerais "acceptable", tsé ? Parce que lorsqu'on rencontre quelqu'un et qu'on pense que ça peut devenir sérieux, si on a envie de baiser à fond la caisse, il me semble que ça peut mal démarrer, tu trouves pas ?
J'essayais de sortir le fromage fondu de son bol, la langue en travers comme si le simple geste allait donner plus de vigueur à mon doigté culinaire.
- Je sais pas trop. Après tout, si t'as envie de baiser et que l'autre aussi, c'est quoi le problème ? Ça veut pas nécessairement dire que ce sont des bases moins valables que d'autres, à mon avis. Les contes de fées n'existent pas.
- C'est vrai.
(Enfin, le fromage !)
- En même temps, si tu souhaites avoir les hormones tranquilles pendant que tu fréquentes une nouvelle personne, irais-tu jusqu'à entretenir un fuckfriend "on the side" pour t'éviter de constamment vouloir manger ta rencontre ?
- Ça non par exemple, je ne serais pas capable.
Je me questionne sur la notion de l'ami moderne. Alors que pour certains, il s'agit d'un simple dépôt à plaisirs, d'autres entrevoient ce genre de relation comme une façon facile d'exercer des fonctions généralement réservées aux conjoints, sans la mention "taken" flottant au-dessus de leur tête. Pour se préserver de la solitude jusqu'à ce que la route du "the one" croise la leur.
Un fuckfriend ne serait-il qu'un jouet que l'on peut remiser et sortir de terre au gré de nos intérêts envers d'autres individus?
vendredi 14 mai 2010
Il y a de ces sentiments que j'aimerais pouvoir bannir. Entre autre, la peur.
Pourquoi la peur ? Lorsqu'on fait le choix de foncer à tête baissée alors que la petite voix qui nous a suivi toute notre enfance durant se met à beugler d'effroi, comment faire pour lui demander de simplement "fermer sa maudite yeule" ?
J'ai entendu récemment quelqu'un dire qu'il ne laissait jamais la peur le contrôler. Qu'en comptant jusqu'à cinq, elle se chassait d'elle-même. Et si j'essayais ça...
1, 2, 3, 4,.....5.
C'est toujours là, mais allons-y quand même !